—Vous entendez, Pascase? Et quel beau langage! Mauve parle toujours de soi à la troisième personne, comme d'un être important, précieux et rare, avec la gravité d'un grand sachem. Le rire, c'est avant ou après, car Mauve estime son génie et ne le dévoile qu'avec grâce.
Pendant qu'elle écoutait, un peu inquiète, ces équivoques compliments, Pascase regardait avec plaisir la jolie créature, jeune fleur, riche de tous les charmes de la fleur, un peu sombre de cheveux, comme certaines ancolies, et le corselet gonflé comme un pavot plein de lait. Il souhaita de pouvoir l'emporter dans ses bras jusque vers un pays très loin et de la coucher dans la menthe fraîche, au bord d'un ruisseau, sous des saules. Alors elle riait de faire mousser l'eau courante avec ses doigts menus, puis à genoux et grave, elle disait: «Mauve aime Pascase.»
*
A ce moment, Mauve se mit à rire vraiment, faisant avec les dentelles de son mouchoir presque les gestes qu'il avait rêvés. Il écouta, mais n'entendit rien. Elle se penchait à l'oreille de Diomède. Déçu, Pascase songea que Christine devait être bien plus belle et d'un parfum plus pur. Il découvrit aussitôt une vulgarité dans l'élégance florale de Mauve: sa robe était toute pareille à d'autres robes qui passaient.
Elle avait dit tout bas à Diomède:
—Pascase plaît à Mauve.
Diomède répondit:
—Mauve est une petite coureuse.
Et, tout haut:
—Pas de confidences. Je veux bien deviner; je ne veux pas savoir.