Cyran la regardait déjà, comme regardent les peintres, avec cet œil froid et sûr qui dévêt, palpe et mesure. Il la pria d'ôter son chapeau et d'ébouriffer un peu ses cheveux. Ayant songé un instant, il dit:
—Je les ferai en or vert, en or à reflets d'émeraude... Des cheveux surnaturels, des cheveux divins, des cheveux qui respireront comme l'herbe des prairies... Et sous le vert sombre de cet océan, d'invisibles renoncules donneront à la couleur une odeur... Oui, une odeur d'or charnel... des cheveux tranfigurés... Tout le nu en ombre claire sous la longue robe d'air... La tête est belle.
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Mauve voulut, selon sa mode, baiser la main de Cyran, mais le vieux peintre calma tout désir d'un geste presque de bénédiction, disant des mots obscurs:
—L'art est exorciste... Les yeux seuls connaissent la beauté... Il faut être blanc, tout blanc... Rendre l'invisible par le visible... A peine... Des songes sous des voiles... A peine, à peine...
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Il parla longtemps, les yeux fixés sur Mauve, et tous regardaient Mauve. Au centre de ces effluves, parmi ces hommes qui la respiraient, Mauve s'épanouissait, exhalait tous ses parfums; sa peau se rosait, ses yeux éclataient; elle s'exaltait à l'état radiant.
Chaque parole de Cyran lui arrivait au cœur comme une flamme, comme une petite volupté qui se gonflait, s'écoulait, passait dans ses membres. Sa chair toute chaude fermentait, offerte aux mains qui pétrissent la pâte... Cyran tout à coup sentit cette oblation violente; un éclat de désir lui traversa les reins, flèche de feu rapide et douloureuse. Alors il se tut, crispant sur le marbre sa longue main maigre.
Mauve, au contraire, s'amollissait maintenant, fondait. Sûre d'avoir blessé, elle baisait la plaie, souriait avec la fierté d'un enfant heureux. Cyran lui donna rendez-vous à son atelier. Alors, feignant de s'intéresser aux heures, les yeux oscillant de sa montre à l'horloge, elle se leva et disparut après un salut et trois petits signes de tête.
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