Diomède comprit, se méprisa, puis ressentit de la colère:

—J'ai été stupide. Mais pourquoi ce jeu?

Néobelle haussa lentement ses belles épaules

—Je ne sais pas. Je m'ennuie. Je croyais que vous auriez deviné...

Elle tenait la lettre entre ses doigts un peu crispés. Diomède voulut la reprendre:

—Non, il est trop tard.

Elle la plia, en fit une bande étroite.

—Où la mettre? Dans mon gant, cela me ferait une bosse sur le bras. Cela serait très laid, n'est-ce pas, mon ami? Non. Dans mon sein, là, sur la peau très douce de ma poitrine. Et si elle m'écorche, Diomède, si tantôt je trouve l'enveloppe tachée de sang, je vous renverrai le petit cilice, la petite relique. Est-ce bien comme ça qu'il faut dire? J'ai un morceau de la tunique sanglante de sainte Prase. Quand je le regarde dans son petit cœur d'or de forme surannée, je ne suis pas émue. Mais peut-être avez-vous l'âme plus sensible... Dites-moi maintenant, pourquoi ne vous ai-je pas vu tous ces derniers temps? Pourquoi avez-vous été un mauvais ami, Dio?

*

Elle parlait d'un ton caressant et affligé, toute sa beauté comme voilée d'amertume. Son corps magnifique semblait se retirer des regards, s'en aller, se fondre dans une lumière triste. Elle s'était enveloppée dans la dentelle noire tombée des épaules de Cyrène; sa peau claire à travers le crêpe transparent dessinait des fleurs roses. Assis sur un tabouret, tout près d'elle, Diomède la regardait, ne trouvant rien à dire. Il écoutait vaguement les grêles airs de valse qui du salon voisin venaient à travers les portières mourir à leurs oreilles. Après un long silence, il répondit, retrouvant dans sa tête la phrase de Néobelle: