Jouer avec la vie, jouer avec les idées I Avoir deux ou trois principes, solides mais troués comme des raquettes, pour que tout y passe hormis l'essentiel... Et qu'y a-t-il d'essentiel, hormis faire son salut, selon la très noble expression chrétienne, c'est-à-dire se réaliser selon sa nature et selon son génie?... Si cela seul est essentiel, j'aimerai Néobelle, quoi qu'il arrive; le pèlerin qui chemine dans la neige doit aimer la maison qui s'ouvre à son appel et le foyer qui s'allume pour ses genoux mouillés...

Mais que la maison ne se dédouble pas en deux salles, Tune ardente et l'autre triste; qu'il n'y ait qu'une flamme, qu'une table et qu'un, lit et que le sourire de la femme avoue une sensualité intelligente et tous les raffinements spirituels...»

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Là ses méditations furent interrompues par l'arrivée de Pascase. Diomède, cette fois encore, en fut content; le tourbillon des idées s'arrêta.

Pascase était satisfait et irrité. Attendri par les promesses de Cyrène, il s'emportait cependant contre les mauvais mœurs dont il venait de frôler les épaules et les reins.

Connaissant d'avance la teneur de toute plaidoierie dans le ton moral, Diomède écoutait avec indifférence. A la fin, il répliqua:

—Deux ou trois fois par siècle, on change ou on nettoie les vitres de la serre où nous vivons. D'abord la lumière plus claire nous permet de voir plus intimement et de comprendre mieux le jeu de nos mœurs; mais peu à peu la pluie et la poussière ternissent les vitres; elles se bordent de mousse; les mouches y viennent accumuler leurs ombres et leurs taches; l'opacité se fait, puis presque la nuit... Mais qu'il fasse jour ou qu'il fasse nuit, les mœurs sont les mêmes, car ce sont les mêmes sexes qui dansent la même ronde, dans le même monde... Vous vivez à un moment où les vitres viennent d'être changées (ou nettoyées); la lumière est nette, vos yeux ont toute leur clairvoyance,—et vous croyez sincèrement qu'Elian ou Flavie sont d'exceptionnels petits monstres en mission spéciale sur une terre menacée des catastrophes et des incendies... Jéhovah lui-même y fut trompé quand il détruisit les villes qu'il voulait maudites, mais l'expérience lui est venue sans doute, ou l'indulgence, puisqu'il regarde Paris sans colère...

—Qu'en savez-vous? dit Pascase.

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Diomède continua doucement: