—... et peut-être en souriant. Je crois que Dieu est devenu, comme nous, indulgent. Avez-vous remarqué, Pascase, la bonté de Dieu et son infinie patience à modeler son âme divine sur l'âme humaine Ses pensées sont toujours conformes à celle des trente justes intellectuels qui gouvernent le monde sans que le monde s'en aperçoive, eux-mêmes menés dans leur voie par un élu qui souvent reste ignoré des hommes. Dieu a pensé comme Pythagore, qui n'est plus qu'un nom; comme saint Bernard, dont les idées nous choquent; comme Spinoza, que personne n'a lu... Dieu est vivant, Pascase. Il est bien l'Éternel. Il se transforme, sans que meure une parcelle de sa divinité, et, phénix, il surgit, toujours, quoique différent, essentiellement pareil à lui-même, du bûcher où flambe le feu intellectuel...

*

Introduit dans une idée, Pascase savait s'y mouvoir. Il dit:

—Votre manière d'expliquer Dieu équivaut à le nier...

—Oh! Quelle affirmation plus candide? J'ai la foi d'une bonne femme...

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Mais Diomède souriait un peu.

—Je crois Dieu immuable, reprit Pascase; peut-être indulgent, peut-être patient... Mais je crois aussi, et c'est une de vos paroles que j'ai méditée, qu'à certaines heures des siècles il cesse de regarder, c'est-à-dire de penser le inonde. Alors le divin se retire lentement des fîmes humaines. L'odeur de l'infini abandonne les créatures; le parfum descendu remonte à sa source; et les âmes se ferment, comme, le soir, la fleur des liserons. C'est l'interrègne. Parfois je songe que peut-être nous vivons à une de ces heures-là. La nuit est assez douce, mais morne; les herbes se penchent sous la brume; les feuillages sont silencieux; la lune dort et les étoiles sont tristes. Dieu pense d'autres mondes.

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Diomède trouva cela très beau, très effrayant: