—Je suis contente de moi, dit Néobelle. J'agis en femme libre. Je ne sais pas encore si je vous aime, Dio, mais je vous ai de la reconnaissance d'avoir secondé ma volonté... Mes amies, toutes ces pâles jeunes filles au cœur soumis et à la chair triste, songer qu'elles attendent un mari avec la docilité des bronzes et des étains rangés dans une vitrine! Ah! Ah!

Ivre d'avoir brisé la Règle, elle parlait sur un ton exalté:

—Il s'agit de moi, de mes joies, de ma vie, de mon corps et de mon âme; je veux suivre mon désir et non l'ordre établi par les égoïsmes. Il faut que j'apprenne à connaître le jeu de toutes mes facultés et de tous mes organes. Ainsi je saurai quelle est ma vocation et pour quels actes je fus créée et mise au monde.

*

Diomède était demeuré grave. Il se sentait devenu le maître des initiations. Son ironie l'abandonnait. Il éprouvait des sentiments religieux.

Pendant le dîner, les brèves phrases échangées avec M. de Sina (homme courtois et stupide, confiant dès qu'il avait quitté le terrain des affaires), au centre de cette maison dont il violait le cœur, Diomède avait ressenti quelques scrupules mondains, aussi l'ennui de se lier, d'être sans doute forcé d'entrer tout à fait dans un milieu dont les apparences seules lui plaisaient. Maintenant, toutes ses inquiétudes oubliées, il ne songeait qu'à son office et à son attitude de sacrificateur. La simplicité du rite lui plaisait. Rien de social, nulle intrusion des lois, ni des autorités accidentelles; nul cérémonial humain ne venant troubler la sérénité de l'acte et gâter ce qu'il y a de divin dans l'accord spontané de deux volontés et de deux joies...

Il n'acheva pas cette tirade mentale. Obligé de sourire, il s'avoua que les circonstances pathétiques favorisaient peu la liberté de son jugement. Sa conclusion fut:

«Jusqu'au bout, dans le ton et avec les gestes qui conviennent.»

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La course était longue. Ils prirent une voiture.