Au matin, sa première pensée fut impérieuse:
«Néo. Lui écrire.»
Il éprouvait une sensation de fraîcheur et de verdeur, comme après une fièvre vaincue. Convalescent et sentimental, il accepta les songes doux, les idées pures qui s'offraient à son imagination heureuse.
«Lui écrire. La voir. Lui baiser les mains. La consoler. L'aimer. Lui donner l'espérance et la foi dans la sérénité...»
Il songea sa lettre, n'écrivit rien:
«J'irai tantôt. Elle m'attend,'moi, en personne. Nous irons sous les marronniers... Ah! je vais avoir des amours charmantes!»
Un soir... L'aventure maintenant lui paraissait très naturelle, très simple, très humaine. Des milliers de pareils actes s'accomplissaient chaque nuit, sans émois, à peine liturgiques, comédies sensuelles, chansons, calembours, rougeurs, sourires.
«Nous en avons fait une tragédie d'alcôve, ce sont les plus belles tragédies, mais les moins faciles à comprendre pour les cœurs simples et les chairs ingénues. Toute fille est prêté à relever sa chemise d'un geste conjugal, immédiatement, avec bonne volonté et un peu de grâce, selon l'usage, au commandement des codes et des antiennes... Mais nous?... Rien de plus que peut-être le choix et le courage de mentir... Il faut que je la voie. J'irai à trois heures. Ses paroles après, dans la voiture?... Elle était malade. A ce moment elle aurait dû dormir, la tête sur mon épaule... Joli tableau de genre!...»
*
Il retrouvait enfin sa route parmi la nature bouleversée. Le paysage habituel se redessina: ici la rivière et ses barques où dorment les bateliers; le courant les emporte vers la profonde forêt où tout s'engloutit sous les grands arbres sombres; quelques hommes regardent en souriant, debout sur la berge, et s'ils tombent, ils s'en vont seuls, roulés? sur les cailloux, vers le gouffre...