Nos âmes, l'une vers l'autre, se répondaient, débordantes, comme des vases mystiques, pleins de ciel.
Nos âmes débordantes de ciel, et nos cœurs débordants d'amour.
Tu sais quel soir elle prit racine, la jeunesse de notre joie.
14-15 août 1887.
Dimanche, 21 août 1887, 8 h. 1/2, 9 h.
Il me semble, mon adorée chérie, que je t'ai aimée et que je t'aime aujourd'hui, plus que jamais. C'est comme si une fleur nouvelle avait fleuri, donnant une nuance nouvelle et un nouveau parfum; je ne sais quoi.
La peine est éloquente, l'excès du bonheur l'est aussi, éloquent, c'est-à-dire qu'il lui faut se dépenser au dehors en phrases;—et je suis de ceux qui écrivent mieux qu'ils ne parlent.
A te sentir si charmante, si tendre, si donnée à moi, j'éprouvais comme une sensation neuve, une plénitude d'amour. D'autres fois, peut-être, tu as été ainsi, oui, tu l'as été, mais je ne l'avais pas senti de même; nous n'avions pas encore correspondu si profondément.
Le sentiment et la sensation vraies s'avivent à se répéter, au lieu de s'émousser; on se pénètre plus intimement; on comprend mieux tout, les moindres gestes, les regards, les mouvements des lèvres où l'âme s'épanouit en floraison de baisers. Chaque fois c'est une plus complète prise de possession mutuelle, et tu es difficile à conquérir; en toi, en moi aussi, peut-être, il y a des instants qui déroutent, quand nos fiertés se rencontrent front à front.
Mais comme au fond de nos êtres nous nous aimons et quelle joie de le penser et de le repenser!