Je suis heureux par toi, ma chère âme, et je ne l'avais jamais été. Tu me fais vivre comme je ne croyais pas pouvoir vivre, avec une énergie de sensation que je n'éprouvai jamais.

Comme tu es bien toute ma vie, comme tu me tiens de partout, comme tu m'enveloppes de toi.

Il y a plus dans le ciel et sur la terre que dans toute la philosophie, comme il est dit dans Hamlet, il y a plus de joies dans tes baisers, dans tes sourires, dans tes paroles, dans tes étreintes, plus de joies que n'en a promis jamais le plus fou des rêves.

Je t'aime, je t'aime, je t'aime, et j'écrirais cela toute la nuit que je n'aurais pas dit encore combien je t'aime.

Raffinement ou profanation: ayant écrit cela je vais rue d'U.

Journal de voyage, 2 septembre.

Sèvres.—Toutes ces mêmes choses vues ensemble hier. Est-ce possible que nous nous soyons quittés et que nous ne nous retrouvions pas ce soir!

Je t'ai vue suivant le train des yeux, goûtant l'amertume de l'éloignement graduel… Et déjà il y a des lieues entre nous et une tristesse m'envahit-elle.

Versailles.—Une famille monte—des Allemands,—cinq enfants.—Je change de compartiment—je suis très mal.—L'ennui va s'aggraver.—Seul c'était possible.—Cela devient horrible.—Pourtant je me fais à mon voisinage qui est convenable et ne pouvant guère écrire qu'aux arrêts du train, je lis. Je pense à toi et je te vois, mais je ne veux pas trop appuyer, que le voyage ne soit pas trop pénible.

Avec cela, je ne suis pas sans inquiétude de toi. Si je ne te laissais pas, j'aurais un certain plaisir à ce voyage—c'est bien différent. Je sens que je n'ai besoin que de toi et que la vie, même momentanée, n'est possible qu'avec toi.