Mais Cydalise me regardait, maintenant, avec tant de sollicitude que je murmurai, soumis comme un petit enfant:
—«Je veux bien.»
Alors elle battit des mains et nous allâmes vers la grotte. Il faisait assez frais et cela influa peut-être sur mon sentiment. Je me trouvai fort bien de toutes manières, quand j'eus revêtu ces habits qui m'avaient semblé d'abord de vilains instruments de torture.
J'avais chaud et il émanait de moi je ne sais quelle élégance humaine dont je fus aussitôt fier. Un marin m'a dit depuis que j'avais la grâce du roi nègre Ho-Papo, et il ne plaisantait pas: un roi est toujours un roi, un satyre est toujours un satyre. Avec le bon goût des femmes, Cydalise m'admira aussitôt. Elle ne s'en lassait pas, me faisait tourner comme une toupie, tapotait les plis et les poches. Elle ne fit la moue que devant la cravate bleue qui n'allait pas à mon teint, disait-elle, mais on verrait cela plus tard. Mes cothurnes étaient du cuir brillant le plus souple et ne me blessaient nullement. Un pétase rond emboîtait à merveille mes petites cornes recourbées et mon épaisse crinière. Elle mit dans la poche de mon gilet, en rougissant un peu, quelques pièces d'or et d'argent, puis:
—«Maintenant, tu es complet, mon amour; partons.
—Adieu, grotte où j'ai été heureux parmi le vent et les feuilles, et vous, arbres, ruisseaux, houx, adieu. Nature, adieu…»
Cydalise interrompit mes effusions, qui d'ailleurs me semblaient ridicules, maintenant que j'avais revêtu la livrée humaine, et nous réunîmes le contenu de la grotte en un paquet guère plus gros que celui qui avait contenu les éléments de ma métamorphose. J'aurais bien voulu sacrifier une dernière fois à l'Aphrodite champêtre, mais Cydalise me dit que le train n'attendait pas et nous gagnâmes la voiture qui, elle, nous attendait à l'orée de la forêt de pins.
Mes sensations, en ce début extraordinaire de ma vie nouvelle, furent trop confuses pour que je puisse trouver des mots qui les caractérisent exactement. Je voyageai un peu comme un animal que j'avais été jusqu'ici, mais un animal divin en qui les choses et les bruits laisseraient leur empreinte. Avec beaucoup d'application, je pourrais les déchiffrer, comme j'ai fait des phrases, dans mon premier livre de lecture, mais j'ai peur que le résultat ne vous donne rien de nouveau, et je remets à plus tard à coordonner mes émois, si je sens que cela en vaut la peine:
«Ainsi je participe de ces choses rapides que l'on voit passer dans les campagnes, plus légères que les cerfs, plus hurlantes que les loups…»
Vous voyez le genre. Ou encore: