Un des matins donc du mois dernier, Cydalise fut cruelle. Elle me laissa bien boire à son sourire naissant, mais la coupe fleurie et parfumée s'éloigna brusquement de mes lèvres, en même temps que ses bras, un instant noués sur mon cou, se détachaient et me repoussaient.
—«Tityre (elle m'appelle toujours ainsi), j'ai affaire, il faut que je sorte et je suis en retard. Sois sage, mon amour.»
Je ne dis mot, je la regardais, navré. Elle fut vite habillée, m'embrassa presque discrètement et disparut.
Elle m'avait laissé dans un état que vous ne comprendrez peut-être pas, n'étant pas faune. Des vers en moi murmurèrent:
Tant pis! vers le bonheur d'autres m'entraîneront
Par leur tresse nouée aux cornes de mon front…
Elle avait oublié de m'enfermer. Je fus bientôt dehors, moi aussi. J'avais eu la patience de soigner ma toilette et de me donner toute l'élégance compatible avec mes formes athlétiques et satyriques. C'était l'heure des jeux d'avant-midi. Des cris aigus montant du petit jardin m'avaient orienté. Il y avait toutes sortes d'êtres en robe courte qui jouaient, sautaient, couraient, mais à l'écart dans un massif, sur un banc, deux presque grandes causaient en peignant leurs poupées. Il y avait un autre banc en face. Je m'y installai.
Vous frémissez déjà parce que vous connaissez le personnage, parce qu'il vous a confessé quelques anecdotes qui amusèrent sa vie, parce que c'est par une fillette, comme celles-là, que vous avez eu d'abord la révélation de mon existence. Eh bien, mon ami, il n'est rien arrivé du tout, sinon que j'ai eu très peur, que j'ai pris mes jambes à mon cou et que je suis rentré chez moi suivi (de loin, heureusement) par une troupe hurlante de Yahous.
—«Le satyre! Le satyre!»
J'étais calmé. Je ne désirais pas du tout être entraîné «par leur tresse nouée aux cornes de mon front».