Mais je reprends mon histoire où je l'avais laissée. Je tiens à vous conter l'aventure qui me fait beaucoup d'honneur, à ce que je pense, et que je vous ai promise. J'aimais depuis deux jours et deux nuits la belle jeune femme qui était venue à moi en criant: «Fauno! Fauno!» Nous étions vers les heures du soir; le soleil brillait avec ardeur et ses rayons, passant sous les pins, illuminaient la terre, chaque brin d'herbe, chaque fleur. Mon amie dormait et pour la préserver des mouches bourdonnantes, car elle était nue, j'avais jeté sur elle sa grande écharpe déployée. Mais de temps en temps, ne pouvant résister à mon désir, tant elle était belle, je venais soulever un coin du voile et je la regardais dormir. A un certain moment, je m'aperçus avec frayeur que nous n'étions pas seuls. Un être nous épiait, caché dans les buissons. Je courus à l'ennemi: un homme se leva. Je me jetais sur lui, tout hérissé de jalousie, lorsqu'il me fit un signe à la fois impérieux et amical:
—«Comprends-tu la langue des hommes? me dit-il. Alors, sache que je ne viens pas te combattre. Je me promène en quête de belles choses. Je cherche la Nature, et il me semble que je l'ai trouvée. Alors, je regarde. Es-tu une bête, es-tu un dieu?
—Je suis un dieu.
—C'est donc vrai, murmura le jeune homme, qu'il existe de tels êtres! Et elle?
—Elle? C'est une femme, mais aussi belle que ma mère, qui était une déesse. Je suis né en Phrygie, au temps où les dieux étaient sur la terre aussi nombreux que les hommes.
—Laisse-moi faire ton portrait et celui de la femme divine qui repose à nos pieds.»
Il tirait de son pourpoint un carton et des crayons. Je consentais à sa fantaisie, lorsque mon amie se réveilla. A demi soulevée sur son bras, elle disait:
—«Seigneur Allegri, vous ne me trahirez pas, j'espère?
—Ah! c'est la Fosca. Je ne te savais pas si belle, ténébreuse beauté!
—Et aujourd'hui lumineuse, n'est-ce pas? Mais détournez la tête un moment, car il serait malséant de laisser voir les mouvements de mon corps. Quand je dors, je suis un marbre; mais quand je remue, je suis une femme. Or, je veux m'habiller pour honorer votre présence et vous offrir les fruits de nos bois et l'eau de notre source.