Cela vous fera un roman sans conclusion, à la moderne,—car vous l'écrirez, n'est-ce pas? Sinon, à quoi bon? Et ainsi l'ombre fugitive s'arrêtera un instant et les passances vaines se réaliseront—oh! bien relativement—au souffle créateur de l'Art.
Sans conclusion,—à moins que la Logique ne vous impose des devoirs supérieurs.
Sans conclusion,—mais je n'ai pas la cruauté, vous sachant dénué d'imagination, de vous laisser la torture de courir en vain après la solution des deux ou trois inquiétudes que firent surgir en votre esprit mes paroles inconsidérées. Je tiens donc à vous expliquer les quelques mystères—psychologiques et antres—qui pourraient troubler la sérénité de vos matins.
D'abord, comment je suis partie? Ah! ne me le demandez pas, je ne le sais plus,—mais c'est irrévocable.
Que voulez-vous? Il m'a prise. Il fallait me prendre. Vous l'ai-je assez dit qu'il fallait me prendre et capter par de la force et de la ruse le vol de ma volonté? Il y a de si belles stratégies qu'on se rend, non à bout de résistances, mais parce que le coup est si bien joué que cela fait plaisir. Ah! vous croyez les femmes insensibles à l'Art? Enfin, cela est clair: il m'a prise.
Nous valsions. Il m'emportait: Emporte-moi où tu voudras!—C'est la première condescendance que, mentalement, je lui faisais.
C'était vers l'heure où la griserie du bal commençait à s'évaporer, à me laisser songer aux joies du sommeil. Il me demanda l'honneur (voyez, rien de prémédité, l'honneur) de me reconduire, juste au moment, où désirant partir, je craignais de partir et après l'éblouissement de me trouver seule dans la nuit. J'acceptai et l'envoyai s'assurer d'une voiture et m'y attendre. Mais il se trouva que je m'amusais encore; il dut se passer des heures. Enfin, je m'enfuis comme Cendrillon.
Je lui avais dit d'attendre, il attendait.
Tout cela, je le crains, n'explique rien, mais la suite est bien plus inexplicable encore. Enfin, je ne veux que me justifier de tout complot et vous convaincre de ma parfaite innocence. Ce fut lui, ce pouvait être vous,—et je croyais que cela serait vous.
Voyons, est-ce ma faute? La fleur appartient à qui la cueille.