Elle lui tendit la main, que Léonor serra avec respect.

—Je vous ai fait moins de mal, en ce moment, que vous n'en auriez éprouvé plus tard. Alors, cela eût été irrémédiable.

—Qui sait? J'aurais peut-être pardonné après. Je ne pardonnerai pas avant.

—Je connais assez peu M. Hervart, dit Léonor, sur un ton légèrement hypocrite, mais je sais que, malgré son âge, il est capricieux. M. Lanfranc est mauvaise langue et je ne répéterai pas tout ce qu'il m'a dit. J'en ai assez, et de source sûre, pour me féliciter d'une intervention peut-être audacieuse.

—Et mon père qui a agréé notre mariage!

—Votre père vit loin de Paris. Il est bon et confiant. Son ami lui a juré sans doute qu'il ferait votre bonheur, et il l'a cru.

—Et moi aussi, je le croyais. Hélas! il le faisait déjà!

—Oh! il n'avait pas de mauvaises intentions. M. Hervart n'est pas méchant. Il est léger, inconstant et irrésolu.

—Je ne m'en aperçois que trop.

—Il est égoïste. Tous les hommes sont égoïstes, d'ailleurs, mais il y a des degrés. Est-il capable d'aimer une femme uniquement, de consacrer sa vie à lui tisser de quotidiennes joies? Quel plus beau rêve, cependant, quand on rencontre sur son chemin une créature qui en est digne et qui appelle à soi non seulement l'amour, mais l'adoration!