—Eh bien, restez et finissons-en, dit M. des Boys.

Léonor resta.

«Puisque j'ai fait une déclaration, et que cela a réussi, je vais faire ma cour, maintenant. Les vieilles méthodes seraient donc les bonnes?»


[XVIII]

Ils eurent pendant les derniers jours de l'automne, sous la pluie des feuilles mortes, des heures très douces. Léonor vivait avec attention, prenant garde qu'une seule de ses paroles pût choquer la jeune fille. Rose, les yeux toujours tristes, répondait avec une politesse cordiale. Leurs propos étaient mesurés, insignifiants même, mais ils étaient prononcés d'une voix où il y avait une émotion secrète.

Ils dirigeaient les travaux en commun, ne donnaient aucun ordre sans s'être consultés l'un l'autre; et ils se mettaient facilement d'accord, car leur unique souci était de rester ensemble à considérer les ouvriers. On se bornait à tracer quelques allées utiles, à déplacer quelques arbustes, à ménager des gazons et des corbeilles de fleurs.

Les gestes décisifs sont presque toujours les plus simples, les plus naïfs. Dénicher le long d'un mur quelques brins de violette, les cueillir, les offrir. Cela valut à Léonor le premier sourire de la jeune fille, un sourire encore indécis, un sourire où l'âme sollicitée se montra un instant, comme à une fenêtre enfin visitée par le soleil.

Un jour, en soutenant un lilas que l'on transplantait, leurs mains se rencontrèrent. Rose retira la sienne sans affectation, mais un peu plus tard elle la rapprocha, et cet arbre, que l'on arrachait de la terre, sentit peut-être passer dans son corps endormi un tremblement d'amour.

Léonor ne pensait plus à rien qu'au charme de sa vie présente. Il ne s'analysait plus, il ne faisait ni combinaison, ni projets; il respirait de l'air pur, il s'épanouissait.