—Vous ne passerez pas, dit-il.
—Eh bien, non, je ne passerai pas.
Et elle tomba dans les bras ouverts qui se refermèrent aussitôt sur le corps de Rose, volontairement prisonnière.
—Tu m'aimes donc? Enfin!
—Oui, je t'aime.
Rose ne se souvint jamais qu'elle était tombée ainsi dans l'escalier de la tour vers les bras de M. Hervart. Elle oublia tout entière la première aventure de son cœur abusé et de ses sens troublés. Quand le nom de M. Hervart était prononcé devant elle, cela lui rappelait de studieuses promenades à Robinvast avec ce vieil ami de son père, qui lui apprenait les anecdotes de l'entomologie.
M. des Boys, comme il se l'était promis, dévoila à sa fille ce qu'il appelait les malheurs de M. Hervart. Aussi, quand elle apprit qu'il épouserait Mme Suif, se permit-elle un honnête sourire de commisération.
Cela arriva la troisième année de son mariage; ils passaient la saison à Grandcamp, où elle coudoyait souvent, sans la connaître, une jeune femme qui avait joué un rôle décisif dans sa destinée.
Léonor errait un matin sur cette même plage, où la vision de Gratienne l'avait sollicité, et il ne pensait pas à Gratienne, qui pourtant le considérait, de loin, avec intérêt. Il pensait à Hortense, dont un journal du pays annonçait la mort; à Hortense, qui lui avait écrit, la veille de son mariage, une lettre si émouvante, dans sa fière résignation, qu'il avait failli en pleurer; à Hortense qui l'avait aimé et qui mourait peut-être de son bonheur.
Quand il rentra, Rose l'accueillit comme on accueille un amant. Elle avait trouvé dans le mariage les soins que comportait son état. Elle était heureuse.