Bientôt, il eut honte de ses divagations.
«Les femmes sont complexes, pas plus que les hommes, certainement, mais d'une complexité que les hommes ne peuvent comprendre. Elles-mêmes ne se comprennent pas, et d'ailleurs n'en ont nul souci. Elles sentent, et cela leur suffit très bien à se conduire dans la vie, et même à dénouer des embarras où les hommes se montrent incapables. Il faut agir à leur égard comme elles mêmes. C'est par le sentiment seul qu'on peut les rejoindre. Il n'y a qu'une manière de comprendre les femmes, c'est de les aimer.... Pourquoi ne dis-je pas cela tout haut? Elle serait amusée et trouverait peut-être de jolies choses à répondre....»
Mais, sans être timide, M. Hervart se troublait à entendre le son de sa propre voix. Aussi ne proférait il le plus souvent que des phrases courtes. Elle reprit la main de son ami. Ce langage paraissait lui convenir et M. Hervart s'en accommodait, encore qu'il jugeât un peu puérils ces épanchements manuels.
Il songea encore:
«Mais rien n'est puéril en amour....»
Ce mot, qu'il ne prononça pas, même intérieurement, mais qu'il vit, écrit comme de sa main sur une feuille de papier, ce mot l'épouvanta. Il abonda en protestations secrètes:
«Mais il ne s'agit pas d'amour. Elle ne m'aime pas. Je ne l'aime pas. C'est un jeu. L'enfant m'a rendu enfant comme elle....
Il voulait ne plus penser, mais cela continuait:
«Jeu dangereux.... Je n'aurais pas dû baiser ses yeux ... Son front, passe encore, cela est paternel.... La laisser s'appuyer sur mon épaule? Comment faire?....»
Il dut convenir ensuite que c'était lui le coupable. Sans y penser, poussé par son instinct d'homme, depuis son arrivée, depuis quinze jours, tout en continuant, d'apparence, à la traiter comme une enfant, il lui avait fait une cour muette. A chaque instant, il la regardait, lui souriait, cependant que ses paroles étaient graves. Se sentant l'objet d'une attention perpétuelle, Rose avait cru qu'on voulait la conquérir, et elle s'était laissé prendre. M. Hervart croyait trop bien connaître la psychologie féminine pour admettre que la jeune fille eût fait délibérément le premier pas vers lui. Il se sentait tout pareil à un chasseur distrait qui, oublieux de son coup de fusil, trouverait une perdrix dans son carnier.