Ils partirent, bientôt sortis du bois, entrés dans le jardin, qui n'était guère moins fruste. Il y faisait du soleil; ils le traversèrent vite. Elle marchait devant. M. Hervart, en passant, cueillit une rose et la présenta à la jeune fille. Rose la prit, en cueillit une autre et, la donnant à M. Hervart:
—Celle-ci, c'est moi.
Alors, elle se mit à courir et gravit le perron sans se retourner.
M. Hervart dut recommencer son raisonnement. Il se sentait heureux, mais comprenait de moins en moins.
«Elle agit comme si elle m'aimait——Elle agit aussi comme si elle ne m'aimait pas. Ici, on dirait que je suis tout pour elle. Quelques pas plus loin, elle me traite comme un simple ami de la maison.... Et c'est elle qui me mène.... Je n'ai jamais vu cela que chez les coquettes.... Où aurait-elle appris cela?... Les femmes sent comme les gentilshommes du temps de Molière; elles savent tout sans avoir rien appris....»
M. Hervart, l'esprit alourdi, mais le cœur léger, monta à sa chambre, afin de méditer plus à l'aise. D'abord, il retoucha sa toilette, avec une certaine application. Il arracha de sa barbe un fil qui, sans être d'argent, était d'un or très pâle. Il vaporisa son gilet, mit à son doigt une bague aux ciselures compliquées.
«Cela peut servir, quand les conversations sont difficiles.»
Il allait commencer à méditer, quand on frappa à la porte. Le déjeuner était prêt.
M. des Boys, malgré le dérangement que sa fille lui imposait, paraissait heureux. Il déclara qu'une promenade lui ferait du bien. Il en avait besoin, puis il y avait droit. Il annonça:
—Je viens de terminer le neuvième panneau de ma vie de sainte Clotilde. Elle entre au monastère de Saint-Martin, à Tours.