Ils entrèrent dans presque tous les magasins de la rue Fontaine, qui est le centre de ce grand village biscornu. M. Hervart acheta des cartes postales. Les châteaux de la Hague sont presque aussi beaux et aussi pittoresques que ceux des bords de la Loire. Il aurait voulu en envoyer l'image à Gratienne, mais il se sentait prisonnier. Cela le mit de mauvaise humeur, l'espace d'un instant. Comme Rose, cependant, entrait dans une mercerie, il se décida; la porte était à côté.

—J'aurais voulu votre avis, dit Rose; c'est pour réassortir des laines.

Mais il n'était plus là. Alors, elle attendit, patiente.

Les châteaux, enfin, tombèrent dans la boîte. Ils reprirent leur itinéraire. La promenade aboutit chez le pâtissier.

C'était un des plaisirs de M. Hervart de manger des gâteaux dans une pâtisserie, et ce plaisir était complet quand une femme l'accompagnait. On le connaissait bien, à celle de la rue du Louvre, au coin de la place; il y venait tous les jours, et pas toujours seul.

En entrant avec Rose, il se crut à Paris, et en bonne fortune. Cela l'amusa. Rose n'était pas moins contente. Souriante et sérieuse, elle eut aussitôt l'air d'accomplir un rite familier.

«Elle serait très vite Parisienne», songeait M. Hervart, qui la contemplait.

Et il voyait, en une minute, tout un avenir se dérouler: «Ils demeuraient quai Voltaire et souvent, le matin, elle sortait avec lui, allant au Louvre des femmes. Il la conduisait jusque sous les arcades. Elle le reprenait pour aller déjeuner. D'autres jours, elle entrait à quatre heures dans son bureau, on allait, comme maintenant, manger des gâteaux, boire un verre d'eau glacée, et l'on revenait lentement par le Pont-Neuf et les quais; on achetait quelque livre curieux, on regardait les jeux du soleil sur l'eau et dans les arbres; le bateau les tentait quelquefois, ou le chemin de fer, ils gagnaient quelque bois, moins fou que celui de Robinvast, mais agréable encore, et Rose respirait un air presque aussi pur que son air natal....»

Il n'y avait pas beaucoup d'imagination dans ce rêve de M. Hervart, car il l'avait réalisé bien des fois. Mais d'y introduire Rose, cela en faisait une chose toute nouvelle, un plaisir encore inéprouvé.

«A la fin de mon séjour, je l'aimerai follement et je serai très malheureux,» se dit-il enfin. Ils rencontrèrent bientôt M. des Boys, qui les cherchait. On regagna la gare. En atténuant l'heure du train, M. Hervart s'intéressa aux châteaux, qu'il avait pris en double.