«Son cœur, peu à peu, a répondu à la passion mystérieuse de mes yeux.... Ils sont doux aussi, mes yeux, je le sais; ils sont mon attrait.... Quant à mon extase, elle s'explique très bien, car Rose, un peu dure de profil, est, de face, presque divine. Son nez, trop long, rentre, un ovale parfait se dessine, le sourire semble le mouvement naturel de cette bouche un peu large et les yeux, enfin, un peu enfoncés, s'avancent, à la lumière des lampes, comme des fleurs.... Souvent je suis resté en pareille extase devant ma belle image de la Vénus du Titien; il est vrai qu'elle montre aussi d'autres beautés, mais sa figure et ses yeux, surtout, sont d'adorables pièces....»

—Ne vous faites pas de signes!

Cette observation, motivée par un échange de sourires trop accentués, amusa beaucoup Rose, car elle pensait en ce moment fort peu à son jeu.

Elle courba innocemment la tète sous la parole paternelle.

Ils jouèrent très mal et perdirent beaucoup de fiches.

Au retirage des places, ils furent séparés, mais pour être mieux unis, et leurs genoux bientôt se touchèrent sous la table. La partie, dans ces conditions, devenait exquise. Par contraste, Rose s'ingénia à battre son ami, cependant que sa jambe innocente le cajolait tout bas. La vie lui paraissait très agréable.

Elle s'endormit tard, un peu fiévreuse, rêvant à cette journée où elle avait si allègrement gagné le sommet de ses désirs. Elle était aimée: c'était le bonheur. Pas un instant, elle ne se demanda si elle aimait elle-même. Elle n'avait sur l'état de son cœur aucun doute.

Les réflexions de M. Hervart étaient assez différentes, et d'ailleurs d'une confusion extrême. Les femmes sont tout entières au présent; les hommes, moins bien organisés peut être, vivent surtout dans l'avenir. M. Hervart faisait donc des projets. Il s'endormit au milieu de ses desseins, fatigué de ne pouvoir en dresser aucun selon une perspective logique.


[IV]