Quand il descendit, le matin, d'assez bonne heure, M. des Boys, invisible d'ordinaire jusqu'au déjeuner, se promenait avec sa fille. Il faisait de grands gestes. M. Hervart eut peur.

Mais il ne s'agissait pas de lui. M. des Boys traçait une longue allée serpentine, déterminait les courbes. Ayant consulté M. Hervart, qui s'empressa d'accepter, il décida que l'on commencerait dès aujourd'hui la visite des châteaux.

En même temps, il fît requérir des journaliers pour le lendemain, puis il écrivit à Lanfranc, l'architecte de Martinvast, un ami qu'il avait perdu de vue depuis bien des années. Il demeurait à Saint-Lô, étant le constructeur officiel des bâtiments administratifs. M. Hervart le connaissait également.

M. des Boys, cependant, oubliait sa peinture. Il resta dehors presque toute la matinée.

Rose s'ennuyait. Elle avait compté refaire la promenade de la veille, parmi les houx, les ronces, les fougères et les digitales. Cette promenade, elle se la rêvait pour tous les jours de sa vie, croyant la retrouver éternellement pareille, aussi émouvante, aussi nouvelle.

Quoiqu'il fût content de cette diversion, M. Hervart ne pouvait s'empêcher d'éprouver quelques regrets. La main de Rose manquait à la sienne.

Ils se trouvèrent seuls, un instant, le long de la terrasse abandonnée, à l'endroit même où la crise avait commencé.

Vite, ils se prirent les mains et Rose tendit sa joue. M. Hervart, cette fois, n'essaya pas de conquérir un baiser meilleur. Ce n'était pas le moment. Peut-être n'y pensa-t-il pas. Rose fut déçue. M. Hervart s'en aperçut. Alors il porta à ses lèvres les mains de la jeune fille. Il aimait cette caresse, ayant pour la main un culte particulier. Il exprima tout haut sa pensée secrète disant:

—Comment n'ai-je pas déjà baisé vos mains?

Contente, mais non émue, Rose se borna à sourire. Puis, soudain, à une idée qui lui traversa la tête, le sourire se mua en un rire excessif, mais qui semblait quand même nuancé de confusion. Calmée un peu, elle demanda.