M. Hervart ressentit une grande émotion. Il regarda Rose avec des yeux surpris et troublés. Elle tendait toujours sa main. Il mangea la mûre dans un baiser, puis il répéta plusieurs fois de suite:

—Rose, Rose....

—Comme vous êtes pâle! dit-elle, également émue.

Elle recula d'un pas, s'appuya au mur. M. Hervart avança d'un pas. Ils se retrouvèrent les yeux dans les yeux. Rose attendait, très sérieuse. M. Hervart dit:

—Rose, je vous aime.

Elle se cacha la figure dans ses mains. M. Hervart n'osait plus ni parler, ni remuer. Il regardait les mains qui cachaient la figure de Rose.

Quand elle se découvrit, ses yeux étaient humides, son visage grave. Elle ne dit rien, alla cueillir une mûre, comme s'il ne s'était rien passé. Mais, au lieu de la manger, elle la jeta, et, au lieu de revenir vers M. Hervart, elle s'éloigna.

M. Hervart se sentait glacé. Il la regarda, immobile et triste, rassembler les plis de sa robe et assurer son chapeau.

Arrivée aux lilas qui allaient la cacher, Rose s'arrêta, se retourna franchement, envoya un baiser, puis, prenant son élan, disparut vers la maison.

La scène avait duré deux ou trois minutes: dans ce bref intervalle, M. Hervart avait beaucoup vécu. C'était l'instant le plus émouvant de sa vie; du moins n'avait-il pas alors le souvenir d'en avoir connu un pareil. En entendant proférer ce nom, Xavier, presque aboli de sa mémoire, un cortège de charmantes heures anciennes était entré dans son cœur, celles des tendresses maternelles, celles des premiers aveux, celles des premières caresses. Il se retrouvait au début de la vie et aussi incapable qu'à vingt ans de réflexions moroses.