—Nous voilà chez nous, dit Rose, et, de l'air le plus calme, elle offrit ses lèvres à M. Hervart.
«Elle est déjà conjugale,» se disait-il.
Cependant, ce baiser le troubla, d'autant plus que Rose, pour remercier sans doute M. Hervart d'avoir défendu son vieux jardin, laissa longtemps sa bouche unie à celle de son ami. Comme elle perdait haleine, ses seins remuèrent sous le léger corsage blanc. Il était bien tentant d'y porter la main. M. Hervart osa, et son geste fut accueilli sans indignation. Ils se regardèrent, désirant parler, mais ne trouvèrent pas de paroles. Alors leurs bouches se joignirent encore. M. Hervart pressait doucement le sein de Rose et une petite main serrait son autre main. Le moment était périlleux. M. Hervart le sentit et voulut mettre fin à ce contact. Mais la petite main serra plus étroitement sa main, cependant qu'un genou, s'ouvrant d'un mouvement légèrement convulsif, venait battre sa jambe. L'arc, à ce contact, se détendit. Les mains retombèrent, les lèvres se déjoignirent et, pour la première fois après un baiser, Rose ferma les yeux.
M. Hervart sentit une douleur à la nuque.
Il se souvint alors d'une saison d'amour platonique qu'il avait passée à Versailles avec une femme vertueuse, et il eut peur, car cette passion à baisers légers et à serrements de mains l'avait plus ravagé que les plus violents excès.
«Que vais-je devenir? Car maintenant, c'est du platonisme aigu, avec ses manifestations les plus décisives. Tout ou rien! Autrement, je suis perdu.»
Il regarda Rose, en croyant prendre un air glacé, mais les yeux complices le regardaient si doucement!
Ses pensées se firent confuses. Il avait envie de se coucher dans l'herbe et de dormir. Il le dit.
—Eh bien, couchez-vous et dormez. Je veillerai votre sommeil. J'écarterai les mouches de vos yeux et de vos lèvres. Je vous éventerai avec cette fougère et j'essuierai de mon mouchoir la sueur de votre front.
Elle parlait d'un ton de câlinerie passionnée. C'était une musique. M. Hervart se réveilla et dit des paroles d'amour.