L'heure vint du dîner. Ensuite, comme toujours, on joua au whist. M. Hervart ensuite se coucha avec plaisir, et, las de baisers et las de pensées, s'endormit dans le contentement des fatigues heureuses.
«Il faudrait cependant, se dit-il le lendemain matin, sitôt son réveil, qui fut tardif, que j'avertisse Rose des projets de sa mère. On pourrait la faire tomber dans quelque piège.»
Il en trouva bientôt l'occasion. Le matin, leurs baisers étaient plus réservés, encore somnolents. Ils baguenaudaient. Quelquefois M. Hervart étudiait sérieusement une bestiole rare. Rose brodait avec conviction. Ils n'entraient pas toujours dans le bois, à cause de la rosée, restant aux alentours de la maison. C'était l'heure où M. Hervart se trouvait particulièrement lucide. Alors il discourait sur mille choses et Rose l'écoutait sans oser l'interrompre, même quand elle ne comprenait pas. Elle jouissait du son de sa voix bien plus que du sens de ses paroles.
Rose apprit sans étonnement les projets de sa mère. Elle avoua du reste qu'elle avait cru découvrir dans l'attitude de M. Varin des intentions assez précises. Il fut donc convenu que le jour même, pour prévenir les événements, M. Hervart ferait sa demande. Rose parlait sur un ton si résolu et son discours était si lyrique que M. des Boys sentait se fondre toutes ses absurdes hésitations. Elle connaissait la fortune de ses parents, et elle en dit le chiffre, très simplement, en personne pratique. M. des Boys détenait soixante mille livres de rente et n'en dépensait guère que la moitié, pensait-elle. L'autre moitié, il en donnerait volontiers sans doute la plus grande part à sa fille unique. Comme elle avait également, quoique avec moins de certitude, évalué la fortune de M. Hervart et ses émoluments, elle conclut, avec fermeté:
—Nous aurons de trente à quarante mille francs de rente.
M. Hervart refit l'évaluation avec les données qui lui étaient personnellement connues, et la trouva juste. Son admiration pour Rose s'en accrut.
«Elle a toutes les vertus: l'aptitude à l'amour et le sens domestique; de l'intelligence et pas d'instruction; de la santé et pas une beauté éclatante. Enfin elle m'adore et je l'aime.»
Dès les premières insinuations de son ami, M. des Boys sourit et dit:
—Je m'en doutais. Ma fille n'a reçu qu'une éducation vague. Sa mère est incapable. Moi, je n'aime que l'art. Elle a besoin d'un mari sérieux, c'est-à-dire pas de la première jeunesse. Si elle veut de loi, prends-la. Je vais l'interroger.
M. Hervart fut sur le point de dire: c'est inutile. Mais il eut le bonheur de se retenir et M. des Boys interrogea sa fille.