M. Maldonne poussa une petite porte qui fit, en s'ouvrant, comme une déchirure dans le vaste panneau de bois.

—Entrez! dit-il.

Oh! ce premier pas dans la terre promise! Derrière la porte, les lilas, les ébéniers, les acacias, cent arbres d'essences choisies et mêlées se rejoignaient au-dessus du sable encore humide de la dernière pluie. Des fleurs fanées à demi jonchaient le sol, et, chauffées par les traînées de soleil qui tombaient de la voûte, répandaient une odeur sucrée. A vingt pas, en face, deux grandes fenêtres ouvertes buvaient l'air divin. Les deux hommes suivirent l'avenue. Il y eut quelques bruissements d'ailes dans les cimes. La maison se découvrit tout entière, plus large que haute, enveloppée par les deux branches de l'allée, qui devaient se rejoindre au delà. M. Maldonne traversa un vestibule, poussa une porte à gauche, et, s'effaçant le long du mur:

—Mon cher monsieur, dit-il, vous ai-je trompé?

Sur la cheminée, au fond de l'appartement, un aigle, le cou tendu, déployait ses ailes immenses.

—Deux mètres vingt d'envergure, reprit le naturaliste, et regardez-moi ces moustaches, les pennes blanches de la cuisse, les écailles de la patte, est-ce un pygargue, oui ou non? En est-ce un?

Claude s'était déjà détourné de l'oiseau, et saluait, un peu confus, une femme qu'il n'avait point aperçue tout d'abord, assise près de la fenêtre. Madame Maldonne écrivait, sur des ronds de papier d'égal rayon: «Groseilles 1889.»

—Qu'y-a-t-il? demanda le naturaliste en entrant après Claude... Ah! ma chère, pardon... un client d'aujourd'hui, monsieur Claude Revel, peut-être un disciple futur, qui ne voulait pas croire à mon pygargue. Je l'ai amené.

Claude s'inclina, et madame Maldonne lui rendit son salut, d'un léger mouvement de la tête, avec cette gravité inquiète qui caractérise les personnes timides.

—Vous aimez l'histoire naturelle, monsieur? demanda-t-elle.