—Moi-même, ce matin!

—Pas dans le département?

—A deux lieues d'ici.

M. Maldonne fronça le sourcil.

—Vous saurez, monsieur, dit-il avec dignité, que cette variété n'habite pas dans le département. Elle y passe, et si rarement que des hommes comme moi n'ont jamais eu le bonheur...

—C'est cependant vrai, mon bon ami, interrompit M. Lofficial, qui sortait de la serre, en voyant les affaires de Claude se gâter, et arrivait en se dandinant. Rien n'est plus vrai. Monsieur, qui est bien moins savant que toi, a été plus heureux, voilà tout.

Et il se mit à raconter la chasse du matin, comment il l'avait conseillée, préparée, comment il savait aussi, depuis des années, qu'un couple de ces oiseaux habitait les marais des Luisettes. Il apportait à la justification de son client l'énergie de la conviction, levait les bras, mimait les scènes qu'il contait.

Pendant ce temps, M. Maldonne passait d'émotion en émotion. Le scepticisme un peu hautain du début faisait place à un éclair d'admiration joyeuse, et celle-ci, à son tour, s'effaçait devant le sentiment pénible du collectionneur qui voit une pièce introuvable lui échapper. Il maniait la sarcelle, la caressait du doigt, lui ouvrait l'œil, redressait une plume endommagée. Enfin, il la tendit à Claude avec une lenteur qui révélait toute la cruauté de la lutte.

—Reprenez-la, monsieur, dit-il. Je vous remercie de me l'avoir montrée.

Il poussa un soupir, et ajouta: