—Un spécimen de votre fameuse collection, madame Prunelier? Jolie peinture!

—Ce sont des Lancret, répondit-elle négligemment, école française. Lancret est un maître recherché dans les ventes.

—Très recherché, répéta le banquier, sans trop savoir, mais toujours désireux de bien finir.

—Voulez-vous visiter la galerie? dit aussitôt madame Prunelier.

Il accepta. Il n'était pas fâché de voir cette collection, qui avait une réputation dans tout le Finistère, et qui faisait dire à Châteaulin: «Vous savez, quand les Prunelier voudront se faire des rentes, cela leur sera facile.»

Madame Prunelier monta devant lui, le laissa un instant devant une porte, pendant qu'elle allait chercher la clef, revint, ouvrit, et s'effaça pour que le banquier entrât le premier, et reçût mieux «le choc des maîtres».

C'était, en effet, de prime abord, un éblouissement. Des quatre murs de la salle, couverts de tableaux aux cadres dorés, des gerbes d'étincelles jaillissaient, éparpillement d'or rouge et d'or jaune, et, mêlées aux petites flammes des vernis, aux reflets des draperies éclatantes tombant par plaques des toiles penchées, s'allongeaient sur le parquet brun et blond, un beau parquet en fougère où les trois fenêtres de façade se dessinaient comme des miroirs.

Un second étonnement succédait à celui-là. Chaque tableau portait, sur un cartouche, le nom de son auteur. Et quels noms! les plus grands de toutes les écoles et de tous les temps, groupés par une baguette magique qui n'en avait oublié aucun. Ruysdaël coudoyait Hobbéma; un mendiant de Ribéra invoquait une vierge de Léonard; deux Pérugin flanquaient un triptyque du vieil Holbein. Les moindres toiles étaient de Téniers, de Terburg, de Potter, de Fragonard. Quelques-unes, très rares, confuses d'un anonymat qui les diminuait tant, se tenaient dans les coins avec la mention: «École vénitienne, école florentine, école flamande.»

—Tout cela découvert, restauré, retouché par monsieur Prunelier, dit la dame après un instant: il a tant de talent, Félix!

Puis, remarquant le peu de discernement artistique de M. Piédouche, qui ne s'arrêtait que devant les cadres sculptés: