—Tenez, dit-elle aimablement, notre Poussin, école française: le Baiser de saint Dominique et de saint François.

Le banquier trouva bien que les deux saints avaient l'air de deux guêpes; mais il ne commit pas l'impolitesse de l'avouer.

—Ici, maintenant, continua son hôtesse: un tableau de premier ordre, le Combat, par Salvator Rosa. Voyez, quel relief, quelle vie! Il y a longtemps qu'il serait chez Rothschild, si nous l'avions voulu.

Cela parut frapper beaucoup M. Piédouche. Il s'approcha très près: trois croupes de chevaux occupaient le premier plan, et derrière ces rondeurs gris pommelé, il se passait, paraît-il, une terrible lutte de partisans.

—Alors, vous n'avez pas voulu? dit-il.

—Naturellement.

Il eut un mouvement de sourcils qui montrait qu'il ne comprenait pas le moins du monde pourquoi M. Prunelier n'avait pas cédé aux instances de Rothschild.

—Où est-il donc signé? demanda-t-il. J'ai si peu l'habitude des tableaux que je ne sais pas même s'il faut chercher la signature à droite où à gauche.

Le pauvre homme ignorait que ces recherches de paternité sont, en général, du plus mauvais goût dans les collections particulières. Madame Prunelier le lui fit sentir.

—Vous devriez savoir, dit-elle, que Salvator ne signait presque jamais... La belle affaire qu'une signature! C'est la pâte, monsieur, le dessin, la couleur, qui sont la vraie signature, celle qu'on n'imite pas.