Sous la pluie d'apostrophes, M. Piédouche longeait toujours le même mur! seulement il se hâtait davantage.

Madame Prunelier se tut, et le laissa trotter. Mais quand elle vit que le visiteur approchait du dernier panneau, qu'il allait passer, peut-être sans le remarquer, devant cette merveille qu'enchâssait un cadre de bois noir ajouré, elle ne put résister à la tentation de le rejoindre et de reprendre son rôle de cicerone.

—Raphaël! murmura-t-elle d'une voix de songe, lente, troublée par l'émotion.

Et elle attendit.

Si résolu que fut M. Piédouche à ne plus laisser paraître la moindre marque de scepticisme, il eut, à ce nom, un léger mouvement de recul.

—Vous êtes frappé! Tout le monde l'est comme vous! continua madame Prunelier, de la même voix suffoquée. Oui, monsieur, Raphaël Sanzio; la copie de cette madone est au musée de Naples.

Le banquier s'inclina.

—Je dis bien: la copie. Des amateurs de Châteaulin sont récemment allés à Naples, ils l'ont vue, cette copie, et ils m'ont déclaré au retour, ici, à la place où vous êtes: «C'est joli, mais ça n'est plus ça, madame Prunelier; chez vous, on se sent en présence de l'original. C'est justement ce que vous venez d'éprouver. Je l'attendais, ce mouvement d'épaules, ce frisson de l'authentique, comme dit mon mari.»

Le brave homme, devenu prudent, ne soufflait mot. Elle le considéra un instant, et conclut par cette phrase qui était un avertissement:

—D'ailleurs, le Raphaël de monsieur Prunelier n'a jamais été discuté!