—Non, je vous remercie...

Elle se recula; le chef de bureau feuilletait, un peu par conscience, un peu pour cacher son émotion, le dossier 149 007.

—Ah! montrez ceci, monsieur, je crois me souvenir...

Madame Gimel, entre un rapport et le livret à couverture noire d'Evelyne, avait aperçu une note de service, envoyée par l'agent de Bourbon-l'Archambault; elle la saisit et la lut, pour consoler Evelyne, pour se consoler elle-même:

—Tiens, petite, comme tu étais gentille déjà! Voilà ce qui a décidé monsieur Gimel et moi. Oh! nous avons médité chaque mot: «Deux élèves me paraissent avoir des chances différentes pour être proposées en vue d'adoption: numéro 149 007. Belle enfant, blonde, forte pour son âge.»

Elle rayonnait.

Evelyne, en arrière, dit:

—Venez, voulez-vous? Au revoir, monsieur!

—Mademoiselle!

Elle eut le sentiment qu'il demeurait dans l'ouverture de la porte, sur le seuil, et qu'il suivait des yeux cette abandonnée qui souffrait, à travers les années, de la faute d'une femme inconnue. Pauvre Evelyne, la rieuse! Personne, du moins, ne l'avait vue pleurer; elle ne pleurerait pas; elle allait très vite pour éviter les questions de l'«adoptive», qui trottait en arrière. Dans l'escalier, deux infirmières, un employé de l'Assistance et trois péronnelles qui montaient en baguenaudant, s'écartèrent de la rampe, et se turent un moment pour laisser passer cette douleur. Une des femmes dit même: