Et, la troisième fois, elle entendit un pas derrière elle. Une dame venait, par un sentier de culture, à peine tracé, entre une luzerne et une planche de chaume. Elle était petite, assez forte, vêtue d'un costume de deuil dont l'étoffe ne devait pas être neuve et dont la coupe était ancienne; elle avait des yeux bleu vif sous des sourcils châtains, et, en marchant, elle regardait Evelyne. Elle la considérait depuis quelque temps sans doute, et d'une façon si attentive et si ferme, que son visage n'avait pas d'autre expression que cette curiosité et cette application. Elle ne se préparait pas à sourire. Quand elle fut à quelques pas de la jeune fille, elle s'arrêta, et elle respira, elle aussi, mais avec effort, et, en pâlissant beaucoup, comme ceux que l'émotion étreint et étouffe, elle dit:
—Je comptais être ici avant vous, mademoiselle... Vous avez dû monter vite... Comme vous ressemblez à la description qu'il m'a envoyée!
Alors seulement, elle s'approcha tout à fait, et elle tendit la main, mais sans pouvoir sourire. Ses yeux, qui regardaient Evelyne, s'efforçaient de voir tout un avenir en elle, et ils étaient dans l'angoisse. Elle ajouta:
—Est-ce que je vous fais peur? Vous êtes toute pâle.
—Je crois que nous le sommes toutes les deux, madame. Cela n'est pas étonnant, pour moi surtout. Et c'est vrai que j'ai peur de vous...
—Une Parisienne! Je les croyais plus braves que nous.
—Oh! il n'y a pas de Parisienne, quand...
—Dites?
—Quand on aime, madame... Je ne suis pas timide, d'ordinaire; mais, aujourd'hui, c'est autre chose. Je viens peut-être pour apprendre que je vous déplairai.
La vieille femme répondit sérieusement: