—Je vous le dirai, si cela est. Venez. Vous devez avoir faim.

L'une près de l'autre, les deux femmes se mirent à marcher vers la maison.

—Voici mon domaine, disait madame Morand; il n'est pas grand...

—Mais le pays doit être joli.

—Vous en jugerez: dans une demi-heure, le brouillard sera haut. Chez moi, les choses n'ont pas changé depuis cinquante ans et plus. Mais ceux qui ont habité la maison avec moi m'ont laissée seule; je l'aime encore à cause d'eux; ailleurs, je serais un peu plus seule. Ma chambre a une petite fenêtre de ce côté, et une grande du côté des vallées basses. Quand il fait beau, je puis apercevoir de là, presque depuis Virieu, mon fils qui monte à Linot. Il vient passer trois semaines avec moi, chaque année. C'est ma provision de joie pour les onze mois qui suivent..., pas toute, cependant: je ne m'ennuie jamais.

—Ni moi, madame, excepté quand mademoiselle Raymonde se plaint de la destinée.

—Qui est-ce?

—Une dactylographe comme moi, chez Maclarey.

Evelyne était plus grande, d'une demi-tête au moins, que madame Morand. Elle vit un commencement de sourire sur les lèvres ridées. Elle observait, sans danger d'être découverte et du coin de l'œil, celle qui lui montrait la maison, et le jardin, et la vigne.

—A côté de la haie, mademoiselle, voyez-vous la tonnelle? C'est là que...