»—Vraiment?
»—Comme toutes celles qui sont honnêtes. Ils sont d'une audace! Avec les pauvres filles comme nous, ils ne se gênent pas, je vous assure, dans la rue, dans les omnibus, dans les escaliers, au restaurant...
»—Les polissons!
»—Bien mis, souvent, avec des monocles. Des jeunes, des vieux, ça vous regarde, ça vous dit tout.
»—Moi, je rougirais. Que répondez-vous?
»—Rien, à moins que ça ne soit trop fort. On trotte; on fait la sourde; quelquefois, on entre dans un magasin. Oh! il y a un apprentissage! Le mien est fait. Je passerais entre deux files de gendarmes.
»—Vous êtes vaillante, ma petite.
»—Je ne suis pas tout ce qu'il faudrait, madame, mais, vaillante, oui, un peu. Et je ne suis pas la seule. Elles sont plus nombreuses qu'on ne croit, les vaillantes; et, si vous voulez que je vous dise une pensée que j'ai souvent: le bien, à Paris, est tout à fait chic; il est vacciné, éprouvé, poinçonné, et, avec cela, de belle humeur. J'ai des amies qui n'ont pas des airs imposants; mais, quand on les connaît bien, on leur découvre de la vertu, et de la vraie. La plupart feraient des femmes délicieuses. Il y en a beaucoup de fières, il y a des tendres, des princesses d'élégance, des spirituelles, des...
»Je m'arrêtai, comprenant que j'étais allée trop loin. Madame Morand ne me répondit pas directement. Elle dit:
»—Vous rougissez, mademoiselle Evelyne? Vous avez bien tort... Je crois ce que vous dites... Tenez, laissez-moi vous servir des confitures. Ce sont des confitures de framboises de montagne, comme vous n'en avez jamais mangé à Paris.