Madame Jeanne était debout déjà, les mains appuyées au dossier de sa chaise, attendant que Simone eût repris un peu de calme. Au premier mouvement de l'enfant:

—Venez, dit-elle, Simone. Puisqu'ils arrivent, c'est à moi d'avertir votre père, et je le ferai.

Elle ne l'avait pas fait jusqu'alors, la vieille et rude femme, parce qu'elle espérait que cette mission-là lui serait épargnée, parce qu'elle voulait douter du retour de Corentine et ne pas le hâter, surtout, par une indiscrétion. A présent sa bru allait rentrer. Les choses s'étaient précipitées. Une main plus puissante que toutes les résistances et toutes les rancunes accumulées semblait forcer la porte du vieil hôtel. Madame Jeanne n'aurait eu aucune responsabilité dans l'événement, bon ou mauvais, qui se préparait. Mais elle devait l'annoncer, en chef de famille qu'elle était.

Et elle montait. Simone la suivait, anxieuse et joyeuse tout ensemble. Elles entrèrent dans la chambre de M. L'Héréec, pleine d'objets et de vêtements jetés sur tous les meubles. A la vue de sa mère et de sa fille, M. L'Héréec, courbé au-dessus de la malle qu'il emplissait, se releva et se recula un peu. Il comprenait qu'elles ne venaient pas pour lui dire adieu. Devenu très sombre de visage, appuyé au marbre de la cheminée qui touchait la fenêtre, irrité comme un homme dont le secret est mis à jour et qui veut le défendre quand même, il demanda:

—Qu'y a-t-il donc?

Debout, en face de lui, près de la porte, sa mère répondit:

—Il y a, Guillaume, que votre femme revient.

Il s'avança, comme furieux, vers elle:

—Que dites-vous? Pourquoi vous moquez-vous? Vous voulez m'empêcher de partir, n'est-ce pas? Vous croyez...

—Oui, je crois, interrompit froidement madame Jeanne, je crois, Guillaume, que vous allez plus loin que vous ne voudriez... Je ne me moque pas, je dis la vérité: votre femme revient.