—Il vaut mieux aller tout de suite, ma Corentine... ne pas avertir Simone, que cela pourrait inquiéter trop... et puis être humble, tu comprends, ne pas te rebuter... Ils ne savent pas tout ce que tu vaux... moi, je le sais... Va, sois courageuse, sois bonne, fais tous les sacrifices... C'est si bon d'être aimée!

XI

Par un sentiment de fierté, et selon le conseil de sa sœur, Corentine désirait que son départ pour Lannion fût, autant que possible, ignoré de Simone. Et le grand-père avait dit:

—Simone? moi je l'emmène.

Il n'y pouvait plus tenir. La joie du sauvetage de Sullian, celle qu'il commençait à entrevoir dans la résolution de Corentine, lui donnaient des idées de grand air. Seul, il aurait paré son canot et poussé au large. La pensée que le canot n'était pas assez propre pour une jeune fille comme Simone, le fit hésiter. Depuis huit jours, pas un coup de balai aux bancs, pas un godet d'eau jeté hors de la cale. Il appela Simone.

—Petite, dit-il, mets ta mante. Nous allons promener tous deux, veux-tu?

Elle ne demandait pas mieux. Depuis son arrivée, elle n'avait guère vu autour d'elle que des visages anxieux ou désolés. Sa jeunesse appelait une diversion. Elle saisit celle-là de toute l'ardeur comprimée de ses quinze ans.

—Grand-père, vous prenez le bateau?

—Non, je pensais suivre la côte à pied, avec toi, jusqu'à...