—Il est inutile de le voir... Mon fils a pris son parti de notre solitude... Que lui vouliez-vous?

Corentine fut sur le point de répondre: «Lui demander pardon.» Les mots lui vinrent à l'esprit. Mais elle ne répondit pas. Madame Jeanne la tenait sous ce regard de mépris et d'invincible obstination qu'elle connaissait. Et ce fut la vieille femme qui reprit:

—Personne ne vous a demandée.

—Non. Je suis venue de moi-même, madame, et, je vous assure, par un bon mouvement... parce que j'étais à Perros... en passant... chez mon père... et que je ne voulais pas m'en aller sans avoir essayé... Ah! tenez, madame, ne me repoussez pas...

Elle s'avança jusqu'au près de la table où travaillait madame Jeanne.

—Je suis malheureuse... Je ne suis plus celle que vous avez connue... Il me semble que si vous étiez bonne, si vous vouliez m'aider... Guillaume peut-être me donnerait son pardon!

Sa main se tendait un peu en avant, tremblante, sur le bois de frêne noueux, prête à soutenir un corps qui s'agenouillait.

—Vous oubliez que je suis difficile à tromper, dit madame Jeanne en se reculant. Vous avez trop peu manifesté, pendant dix ans, le désir de savoir même des nouvelles de votre mari, pour que je croie aujourd'hui à ces attendrissements. Je crois plutôt à d'autres motifs.

Elle toisait du regard, en disant cela, sa belle-fille, et considérait la toilette modeste, presque pauvre, que la jeune femme avait mise, afin de mieux faire voir, justement, qu'elle n'était plus, comme autrefois, toute folle d'élégance.

—Vous venez mendier! continua madame Jeanne.