—Non, vous n'irez pas! dit-elle, la voix sourde, les yeux étincelants d'une volonté impérieuse habituée à se faire obéir.
Guillaume pouvait, d'un mouvement, écarter l'obstacle.
Cependant il s'arrêta. Et sa mère reprit:
—Je ne veux pas! Dieu merci, je veille sur votre honneur et sur le mien. Je ne veux pas qu'on vous voie courir après une femme que vous avez chassée, qui a fait la ruine de votre maison, que vous avez traînée devant les tribunaux. A quoi pensez-vous donc?
Elle le prit par la main, et l'entraîna dans le salon.
—Venez, Guillaume, dit-elle.
Elle le conduisit au fond de l'appartement, le fit asseoir à côté d'elle, sur le canapé dont le bois contourné s'enlevait, comme une tache, sur la tapisserie.
Au moment où elle s'asseyait, ils crurent entendre la voix qui appelait encore, faible, de l'autre côté, là-bas. La pauvre Corentine avait dû faire le tour, sous la pluie battante, de cette maison qui avait été la sienne, et où elle demandait à rentrer. Elle suppliait encore. Madame Jeanne sentit dans ses mains la main de Guillaume qui cherchait à se dégager. Elle le retint. Tous deux tressaillirent. Il y eut un silence. Si la voix jetait un nouveau cri dans la nuit, madame Jeanne devinait que Guillaume allait lui échapper. Tout était retombé dans le silence. Les gouttières seules chantaient par saccades.
—Vous pouvez encore passer par la fenêtre, et escalader le mur pour aller retrouver cette femme, dit-elle. C'est votre seule ressource. J'ai tout fermé. Allez donc, Guillaume, je vous laisse libre. On racontera cela demain, dans Lannion. Seulement, moi, je ne serai plus là pour l'entendre. Je serai retournée à Tréguier.
En parlant, elle lui avait lâché la main.