— Ils sont tous sortis, mademoiselle, me disait-elle, le père, le grand Joseph, Sylvie, les deux petits.
— Où sont-ils allés ?
— Acheter le journal.
— Vous faites de la politique ?
Elle avait ramené les plis de sa robe de laine noire, et elle les tenait serrés entre ses deux mains et entre ses deux genoux. Ainsi immobilisée et tendant son corps tout plié vers la cendre, d’où sortait une tiédeur légère, elle répondit d’abord par un sourire et par un regard qui allèrent à la crémaillère. Le visage maigre, un peu trop aigu de partout et pâle uniformément de madame Mulot, en fut tout égayé une seconde, comme un vieux toit sur lequel passe un soleil de giboulée.
— Oh ! dit-elle, la politique, il faudrait être riche pour en faire. Jusqu’à l’année dernière, nous n’achetions jamais le journal, par économie. Mais, à présent que Joseph est devenu un homme, il ne veut plus rester avec nous le dimanche, s’il ne lit pas. Ça l’amuse, ça le retient, mais ça le change…
— Quel journal choisissez-vous donc ?
Elle me jeta le nom d’une feuille socialiste, et, devinant que je n’approuvais pas :
— Les premiers temps, mademoiselle, nous aurions pu acheter pour lui n’importe lequel, et il y aurait pris le même plaisir. Mais ni le père ni moi nous ne connaissions les journaux. J’ai dit à Mulot, quand il est sorti, la première fois, pour en acheter un : « Prends-le au bureau de tabac, dans la plus grosse pile ! » Je pensais que ça serait le meilleur. Et je m’aperçois bien, à présent, que mon garçon se met à dire des choses pas honnêtes contre les curés. Mais il reste à la maison : c’est toujours ça… Il est, en vérité, plus facile à tenir que sa sœur.
— Sylvie ?