Quand il eut rassemblé ses idées, et son courage pour les dire :
— Tu as raison, fit-il. Je dois t’aider.
La femme s’en alla.
Une heure plus tard, après le souper, quand les valets de ferme eurent quitté la salle, et que Mariette se fut mise à laver la vaisselle dans la décharge voisine, Julien, Antoine et Toussaint, accoudés sur le haut bout de la table, éclairés de près par la chandelle qui faisait flamber leurs yeux verts, commencèrent à causer des choses de la ferme, selon leur coutume. Mais le père, qui s’était approché du feu, et qui était revenu s’asseoir à côté de l’aîné, leur fit signe à tous de se taire. Il raconta la visite qu’il avait reçue, et comment il avait promis son aide à la veuve de la Faguinière. Il ajouta :
— Quel est celui de vous, mes gars, qui tiendra ma promesse ? Je n’ai point de préférence pour quitter l’un ou l’autre. Celui qui dira oui, je le laisserai aller.
Il regarda Julien, puis Antoine, puis Toussaint. Mais ils avaient tous les trois tourné la tête, comme ceux qui ne veulent pas être obligés de parler. Dans la salle, contre l’habitude, il y eut un tel silence qu’on entendit longuement la plainte du volet que le vent tourmentait.
Le vieux, qui avait le visage long et tout rasé, laissa paraître, au coin de ses lèvres, comme une petite joie du silence de ses fils. Mais la voix ne mollit point, et elle s’enhardit plutôt, quand il reprit :
— Puisque pas un de vous ne veut s’en aller, c’est donc à moi de commander.
Il les regarda encore une fois tous les trois, et il conclut :
— Toi, mon cadet Antoine, tu iras demain à la Faguinière, et tu y resteras autant de temps que ma nièce aura besoin de toi.