— C’est un cadeau, bon marché, que vous voulez faire ? Une fête ? Un anniversaire ?
— Non, monsieur, j’achète pour moi.
— Alors, c’est un bijou de prix ?
— Pas nécessairement : de style, cela suffit.
M. Miège perdit un peu de son mépris.
— Cette petite chaîne plate, fit-il, un chemin d’or avec ronds points d’améthyste, modèle italien, qu’en pensez-vous, madame ?
— Jolie. Trop jeune pour moi. Je vous demande du classique, monsieur Miège, un bijou qui ne crie pas, surtout qui n’ait pas l’air de concourir avec les autres, et qu’on aimerait même au cou d’une voisine.
Brusquement, il ouvrit une armoire, une seconde, une troisième, puis, avec une tendresse de geste et une habileté de créateur montrant son œuvre, il me présenta vingt colliers merveilleux, dont il expliquait, d’un mot exact, le dessin, l’esprit, les parentés d’art, les harmonies savantes. Il parlait de ses ouvriers ciseleurs, du temps qu’il avait fallu pour exécuter les pièces, des offres qu’il avait refusées, et il répétait, comme un refrain : « Puisque vous aimez le beau travail, regardez-moi le mouvement de cette feuille de lierre, et ces deux enfants qui tiennent le médaillon, et ces émaux où le rouge et le vert sont comme des gouffres, on y peut plonger… »
Le coin de la salle était réjoui par la lumière de nos doigts maniant les bijoux. J’avais oublié la pluie et la fatigue. L’orfèvre avait l’air d’oublier que j’étais une acheteuse, et je me demande encore si, en effet, il ne l’oubliait pas. Je choisis une chaîne assez courte, d’un dessin large, qui retenait un médaillon Renaissance. Au bas du médaillon pendait une perle longue. L’orfèvre ayant énoncé un prix qui dépassait notablement mes prévisions :
— C’est grand dommage, lui dis-je, c’est deux loyers de pauvres de plus que je ne veux dépenser. Je vous laisse donc le collier… à moins que vous n’enleviez la perle…