— Enlever la perle ! interrompit M. Miège, qui reprit le ton du début, vous voulez me faire mutiler une de mes œuvres ! Mais vous n’y pensez pas, madame !

— Je n’y pense plus… Au revoir, monsieur.

Je me détournai, après avoir souri, involontairement, à quelques-unes de ces merveilles que j’allais quitter. Je dis souvent adieu aux choses. Le remarqua-t-il ? M. Miège me rappela :

— Prenez le bijou, dit-il, prenez-le avec la perle, que vous ne payerez pas. Vous le porterez dans les salons de Paris ; il fera, tel que je l’ai rêvé, son entrée dans le monde, avec son air de page et sa plume blanche ; on devinera qui l’a bâti et habillé, on vous dira : « C’est du père Miège », et vous direz oui ; nous n’y perdrons ni l’un ni l’autre…

— Moi surtout. Mais je quitte Paris en avril.

— Eh bien ! vous reviendrez en avril, et ce que je ne pourrais pas me décider à faire aujourd’hui, je le ferai : il aura vécu cinq beaux mois.

J’emportai le bijou, et la convention fut exactement observée. Plusieurs reconnurent, à la correction du style, à la patine de l’or, au moelleux de toutes les courbes, un bijou de chez Miège. Je leur racontai l’histoire. « Il faudra voir, dirent-elles, comment elle finira. »

Voici comment elle a fini.

A la fin de l’hiver, je suis retournée chez l’orfèvre. En m’apercevant, il eut un petit haussement d’épaules, et dit :

— J’aurais presque autant aimé que vous ne fussiez pas revenue… Une perle… j’ai des clientes qui l’auraient oubliée…