La jeune femme répondit affirmativement, d’un mouvement de tête lent et léger, qui fit courir un peu d’or sur ses bandeaux châtains. Appuyée contre le rideau, tout entière encadrée dans cette ombre étroite et haute, sur laquelle s’enlevaient son front, son nez busqué, ses lèvres et ses joues pâles, et la pâle ligne de son cou tendu en avant, madame Ledoël, mince et fine, vêtue de noir, regardait à travers les vitres la dernière lueur du jour qui mourait entre des cheminées et des cimes d’arbres. Ses paupières, comme de coutume, battaient vite sur ses yeux calmes.

Sa tante, presque au fond du salon, s’était assise, et commençait à tricoter un châle, tandis que le gros peloton de laine, jeté près d’elle sur le tapis, tressautait et roulait à chaque mouvement du crochet de bois. Mademoiselle Dourd, plus grande que sa nièce, très maigre, avait d’admirables cheveux gris, un visage couperosé et des yeux clairs, d’une gaieté hardie comme ceux des enfants, des yeux vivants, vibrants, guetteurs, qui ne rêvaient jamais et se mouillaient aisément. Elle attendit, respectant la pensée qu’elle croyait deviner, puis, ayant vu que la main nerveuse et fine, là-bas, cessait de tourmenter l’étoffe du rideau et retombait dans l’ombre :

— Gabrielle, dit-elle, il est temps d’allumer la lampe.

La jeune femme traversa le salon, prit une lampe, l’alluma, et, la posant sur un guéridon, près de sa tante, dit, à demi détournée comme si la lumière l’aveuglait :

— Excusez-moi : je vais remonter.

— Souffrante ?

— Non.

— Pas triste, j’espère ? Pas les anciennes idées noires ?

— Pas davantage.

— Regarde-moi !