— J’apporte un autre souvenir précieux, continua-t-il. C’est l’alliance de Ledoël. J’ai pu l’acheter à un des noirs, dont c’était sans doute la part de butin. Vous la trouverez là. Elle est encore tachée de sang.

— Ah ! monsieur, que vous avez bien fait de venir chez moi d’abord !… Si cette pauvre enfant, sans avoir été prévenue… Elle est toujours si malheureuse !… Elle vient de me quitter.

L’officier éprouvait un allègement manifeste. Sa courte figure s’allongeait et se détendait. Sa jeunesse avait hâte de s’écarter plus encore de cet objet funèbre, qui reposait maintenant à côté de la lettre. Il ajouta quelques mots, qui devaient être transmis à madame Ledoël, de la part d’un ancien chef du capitaine, répondit à deux ou trois questions, et se retira.

Le papier noir était déjà développé, les doigts fiévreux de mademoiselle Valentine enlevaient déjà le couvercle de la petite boîte de bois, et le mince anneau d’or apparaissait, dans ce diminutif de cercueil, avec la tache de sang, qui courait autour comme un brin de lierre caduc. Elle eut envie de baiser cette relique d’un neveu très aimé, d’un enfant qu’elle avait élevé avec l’aide de Guillaumine, la vieille femme de chambre. Un scrupule l’arrêta. « Le premier baiser, pensa-t-elle, c’est la petite qui doit le donner ; c’est son droit ; c’est son bien. » Elle contemplait l’objet avec une douleur si vive, que très vite elle ne distingua plus rien. Elle comprit qu’elle allait pleurer, roula promptement la boîte dans le papier, hésita un instant, et dit :

— Elle me reprocherait de ne pas l’avoir avertie dès ce soir. Je monte.

Mademoiselle Valentine monta les deux étages, portant la boîte noire sur l’enveloppe blanche, religieusement. Elle avait la clé de l’appartement. Elle ouvrit la porte. Au bruit, une domestique accourut dans le vestibule, et, l’arrêtant d’un geste :

— Non, je vous en prie, mademoiselle, pas ce soir. Madame m’a donné l’ordre…

C’était Guillaumine, à la démarche habituellement traînante, au visage las et enflé, aux cheveux déteints et rares, Guillaumine aux yeux encore inquiets, comme au temps où elle élevait, dans la joie, le petit Jean Ledoël. « Je ne veux pas que tu me quittes, avait dit Jean Ledoël en se mariant. Tu fais partie de ma maison et de ma dot. » Elle était venue. Elle était restée après la mort du maître qu’elle aimait. Elle accourait maintenant, effarée, pour faire respecter la consigne.

— N’entrez pas, mademoiselle, c’est impossible…

Puis, remarquant le visage altéré de mademoiselle Valentine :