— Mademoiselle, est-ce qu’il y a un malheur dans la famille ?
A voix basse, dans la demi-clarté du vestibule, mademoiselle Valentine expliqua ce qu’elle venait faire. Et à mesure qu’elle parlait, l’agitation, l’embarras, l’angoisse de Guillaumine s’avivaient.
— Vous ne le ferez pas !… Redescendez !… Pas ce soir, surtout pas ce soir !… Demain matin…
— Laisse-moi ! dit mademoiselle Valentine, en l’écartant. Il faut que je la voie. Elle est dans sa chambre ?
Une voix navrée murmura :
— Au salon.
Mademoiselle Valentine traversa le vestibule, tourna le bouton de cuivre :
— C’est moi, chérie, ne t’effraie pas !
Un cri lui répondit. Elle se recula. Par l’entrebâillement de la porte, elle avait vu madame Ledoël, assise sur le canapé ; elle avait vu, assis près de sa nièce, sur le tabouret de piano, un homme jeune, qui s’était levé lestement. Elle n’eut pas le temps de se remettre. Elle entendit le rire de la vie heureuse, celui qui ne sonnait plus, depuis dix-huit mois, dans sa maison. Deux bras tendres l’attirèrent. Elle se sentit pressée contre la poitrine de la jeune femme, et au milieu des baisers, des soupirs, des rires étouffés et des larmes, des mots lui arrivaient : « Oh ! pardonnez-moi !… Je suis confuse, mais je suis si heureuse !… Je voulais tout vous dire demain matin… Ce n’est que la troisième fois que nous nous voyons ici, je vous l’assure, je vous le jure… Quand vous le connaîtrez, vous comprendrez… Je ne croyais pas que ce serait si prompt… Nous sommes presque fiancés, presque… Voulez-vous me permettre de ne pas le renvoyer encore ? Je lui ferais tant de peine !… Attendez-moi dans ma chambre, là, le temps de dire oui. »
Madame Ledoël s’écarta, pour laisser à mademoiselle Valentine la liberté de répondre.