Quand j’entrai dans la maison de mesdemoiselles Caille, Marie, chaussée de sabots et les jupes retroussées, lavait le carreau de l’atelier.
— Appelez votre sœur, lui dis-je. J’ai une réponse.
Comme j’avais pris une physionomie grave, Marie crut que la réponse était mauvaise. Elle fit cinq ou six pas, lentement, levant son balai en mesure, comme une canne, et, s’arrêtant sur le seuil de la chambre voisine, elle appela sa sœur, d’un brusque geste de la tête rapprochée de l’épaule. Joséphine apparut aussitôt, s’appuya sur elle, dans l’encadrement de la porte, m’aperçut, comprit, et devint toute sérieuse à son tour.
J’avais tiré la lettre de l’enveloppe. Je commençai de lire :
« Mademoiselle, en possession de votre honorée du 5 courant, nous vous ferons observer que les abonnements ne comportent aucune clause de résiliation… »
Les visages s’assombrirent. Je continuai :
« Néanmoins, prenant en considération les raisons que vous nous exposez, de notre plein gré, nous consentons à délier de leurs engagements mesdemoiselles Caille. »
J’entendis un cri : « Eh ! la mère ? » Mais je ne sais pas qui l’avait jeté : mes couturières, d’un même élan, avaient couru à moi, et, comme si j’étais devenue, du coup, la sœur aînée, m’embrassaient, s’exclamaient, m’interrogeaient, se disputaient la lettre : « C’est-il possible ?… On ne doit plus rien ?… Oh ! mademoiselle, que je suis contente !… Moi, à cause de mon mari !… Et moi à cause de mon futur !… »
Ce fut une petite minute parfaitement incohérente et fraternelle.
L’arrivée de la vieille mère y mit fin. La mère Caille, menue, ridée, essuyant, par habitude de laveuse, ses mains à son tablier, disait, du bout de la salle :