Il avait sa bonne figure audacieuse et contente. Il était fier de commander, de protéger, de payer. Lentement, malhabilement, il déliait les cordons d’une bourse de cuir qu’il avait tirée de sa ceinture, et, pendant que la mère prenait les pains et s’effaçait, gagnant la porte, lui, il comptait l’argent sur le marbre. Il aligna plusieurs pièces blanches, et des pièces de deux sous autant qu’il en avait, puis il dit :
— Payez-vous ; c’est la mère qui m’a donné l’argent ; faudra lui faire crédit, une autre fois.
La boulangère cligna ses yeux rouges, comme si elle disait oui, mais elle se contenta de saluer. Le jeune gars de ferme sortit, retrouva sa mère sur le chemin, et le retour fut meilleur que n’avait été la première partie du voyage. Lauzanier, à cette heure-là, avait dû quitter la vallée pour faire une tournée dans la montagne. Thelma le savait. Elle parlait avec André de la ferme de la Faverge et des foins des hauts plateaux que le garçon venait de couper. Mais André ne répondait guère qu’un mot pour trois qu’elle lui disait.
— Si je pouvais voir son cœur ! pensait la mère.
Ils rentrèrent, André se coucha, et la mère borda le lit de son fils, et elle embrassa « l’enfant » ; mais il y avait entre elle et lui deux ans déjà de vie séparée : cela fait tant d’inconnu qu’un baiser ne l’efface pas.
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Très tard, dans la nuit, le garde Biélé, qui était de service du côté du roc Marchand, rentra. Il trouva sa femme endormie et son fils éveillé.
— Père, dit André, quelle tournée monsieur Lauzanier fera-t-il demain ?
— Il est déjà parti. Avant neuf heures, il doit être au chalet haut de la Faverge, puis il reviendra par Vorchère. Mais quelle idée as-tu de demander cela ? Tu rêves, mon garçon. Dors bien vite, et à demain !
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