M. Le Bidon entra dans la salle où se tenait, en l’absence du juge de paix, le greffier, qui ignorait le décès de M. Maunoir aîné, son grand-oncle. Il affirma qu’il y avait un testament, et qu’il en connaissait les clauses. C’était un pluriel hasardé. Pour appuyer son droit, pour se rendre favorable le greffier, et pour le consoler de ne point avoir part dans la fortune de M. Maunoir aîné, il lui glissa dans la main deux gros écus de cinq francs, et murmura :

— Mets-en beaucoup, des scellés, et appuie sur la cire : je me défie.

Le banquier Maunoir fit de même, et donna vingt francs, mais en s’excusant sur les dépenses qu’entraîne une vacation. Le greffier prit le louis, et bégaya en remerciant, ce qui doublait le remerciement.

Et l’après-midi, la justice se transporta à la Jodelle. M. Maunoir, venu en automobile, l’attendait ; M. Le Bidon était annoncé ; le garde-chasse avait mis sa plaque, sur laquelle était écrit : « La loi ». Gravement, le garde, ouvrant les portes devant le juge de paix, le greffier, les héritiers, et les fermant derrière eux, on procéda à une recherche sommaire des « dernières volontés » de M. Maunoir aîné. On ne trouva rien dans le cabinet de travail, rien dans la chambre, rien dans la crédence en ébène du grand salon. Les héritiers devenaient nerveux. L’homme de loi, qui n’avait pas, jusqu’alors, adressé la parole à ce garde inquiétant, au nez courbe d’Indien, taché par l’alcool, demanda :

— Garde, vous ne savez rien ?

Le garde se redressa, rectifia la position, leva la main…

— Ne jurez pas, c’est inutile…

— Alors, mon juge de paix, je dirai simplement qu’il est sous la Vénus en bronze du salon.

Il était là, en effet, le testament de M. Maunoir aîné, et il était là dans une enveloppe non fermée.

Ce fut une minute tragique. Au milieu du salon, sous le lustre, le juge de paix parcourut des yeux la feuille de papier timbré. Il eut un sourire bref qu’on put prendre pour un tic. Puis, déclarant qu’il n’agissait qu’à titre officieux, et bredouillant pour le mieux faire paraître, il donna lecture des dispositions principales du testament. M. Maunoir aîné avouait…