Que j’aime ce mot !… surtout après avoir suivi les cours si scientifiques des trois chers hommes. Un savant ! Je retrouve là le vocabulaire des meilleures réunions publiques, si imposant et si vague, destiné à remplir d’admiration la cervelle des cafetiers et de leurs victimes.

Savants ! Eux sont savants ! D’abord, parce qu’ils enseignent en Sorbonne, ensuite parce qu’ils tripotent depuis trente ans leurs casiers de fiches. Les pauvres ! Cela n’empêche pas que la Vérité, la vraie, fuyante comme l’eau, l’air et le feu, se paye leur tête et leur échappe encore plus qu’au commun des mortels ! Cependant, moi, il faudrait que je fusse savant, et à leur manière, pour posséder le droit de les juger, quand ils s’exhibent dans leurs amphithéâtres. Je croyais n’avoir suivi que des cours publics, ouverts à tous, payés par nous, démocratiques ? N’importe ! Si je n’arrive, tel un âne, croulant sous des diplômes octroyés par eux, je n’ai pas le droit d’émettre un avis. Incompétence ! Il ne me reste qu’à ouvrir le bec, comme un passe-boules, et à avaler ce qu’ils jettent dedans.

Conception de l’enseignement public admirable, qui aurait fait la joie de Cervantès ! Ils n’ont pas vu, ces bons avocats, qu’il y a différents genres de jugements à porter sur ce genre de mandarins. Certes, on les peut regarder du point de vue scientifique, mais il faudrait leurs yeux à eux, puisque ce point de vue sublime, ils sont seuls à l’avoir. Je n’ai jamais prétendu égaler leur génie. Je suis un homme du public, — ce qui, d’ailleurs, n’est pas rien, puisque c’est au public qu’ils font part de leur science ; — mais enfin, je juge du point de vue des gens simples, et je dis simplement : « Dans un pays sérieux, est-il de règle que l’Université soit farce ? Or, elle l’est. Pourquoi ? Parce que chaque fois que j’y entre, je ris. Rien de plus. Ayant ri, j’ai écrit que j’avais ri. C’est tout. Pas besoin de diplômes. Je suis très suffisamment compétent. »

Mais les amis politiques de MM. Basch, Aulard et Seignobos ne l’entendent pas de cette oreille. Ils ne veulent pas, parbleu, ils ne peuvent pas lutter avec la moquerie publique, car là, ils se sentent désarmés, eux et leurs fantoches. Il faut donc qu’ils enflent leur colère, et afin de lui donner quelque dignité, après leur fusée mouillée de l’incompétence, ils ont fait partir un gros pétard pour annoncer pathétiquement la guerre civile. Dans des entonnoirs, comme à la Foire du Trône, ils ont clamé :

— C’est abominable ! Voici qu’on se redéchire entre Français ! L’Union sacrée est en péril ! C’est de nouveau l’Église, dressée contre l’Université ![4]

[4] La Victoire, 22 mars 1921.

L’Église ! Et l’Église, c’était moi. Quel coup de maître ! Puisque j’avais écrit que toutes les cinq minutes M. Aulard chevrotait : « Laïque… républicain… républicain… laïque », c’est que je parlais au nom des sacristies, et que je voulais revenir aux vieilles haines religieuses.

— Pardon, ai-je répondu, je n’ai fait que répéter ce que dit M. Aulard.

— Du tout ! Nous devinons la manœuvre. L’Église, non contente de rétablir les relations avec le Pape, veut maintenant renverser la vieille et noble Université française, dernier rempart de l’esprit critique et du libre examen[5]… Jésuites !… Stanislas !… les Postes !… la rue de Madrid !

[5] Ère Nouvelle, 25 mars 1921.