M. Paul Painlevé, avec une modération qui rappelle le solide équilibre dont il fit toujours preuve au pouvoir, s’écria : « Ce sont les arlequinades d’un valet de plume ! » Et ces mots conquirent les valets eux-mêmes, car ils avaient servi plus de trois cents convives, qui n’étaient venus que pour ces arlequinades.

Enfin, on lut des lettres de quelques « laïques », retenus par leurs affaires, et dont l’un m’appelait le « représentant officiel du Syllabus ». A ce mot fatidique, ensemble, en chœur, comme s’ils représentaient trois erreurs humaines, Aulard, Seignobos et Basch se dressèrent et répondirent : « qu’ils bénissaient cette félonie de publiciste, puisqu’ils étaient, grâce à elle, le prétexte d’un resaisissement complet des forces républicaines. »

Le grand banquet était terminé. Chacun sortit en faisant « Ouf ! » Il se sentait un goût de fiel sur la langue et une lourdeur au foie.

… Et moi, pendant ce temps, le même jour, à la même heure, avec les plus joyeux de mes amis, je buvais trois vieilles bouteilles de vin d’Anjou à la santé de la France, ainsi qu’à l’avenir de la Comédie dans ce pays de la malice, qui n’a jamais pu sentir ni les sectaires ni les pédants.

VI
SECONDE ENTRÉE DE BALLET :
MESSIEURS PUECH ET MARTHA
DANS
LEURS LANGUES MORTES

Ce n’est que depuis l’invention de la machine du vide qu’on est assuré que la matière est toute également pesante.

Buffon.
(Essais arithm. mor.)

Le tableau du Banquet ayant exigé une mise en scène et une figuration, il a fallu tirer le rideau, mais nous ne sommes qu’à moitié de la Farce. Le temps que la Ligue des Droits de l’Homme range sa vaisselle et ses notabilités politiques, je frappe trois coups et je recommence.

Après les trois maîtres essentiellement démocratiques, en voici trois autres. Seconde entrée de ballet. Je vous annonce la Poésie grecque, l’Éloquence latine, la Littérature française. Ce n’est pas rien, direz-vous ? Hélas ! si ! Ce n’est rien, rien de rien. Les titulaires de ces trois chaires marchent dans le vide, et représentent le Néant. Ils s’appellent MM. Puech, Martha et Michaut. Ne croyez pas que ce soient des noms de mon invention. Vous ne les connaissez point ? Personne ne les connaît. Mais ils s’appellent comme je vous dis, et ils occupent trois chaires importantes à la Faculté des Lettres de Paris.

Ils sont inécoutables. Ils n’ont ni goût, ni forme, ni saveur, ni odeur : même la fine et discrète politique ne les intéresse pas. L’esprit ne peut s’accrocher à rien de ce qu’ils disent, car ce qu’ils disent n’est vivifié par rien qui ressemble à de l’esprit. Les vrais étudiants ne mettent jamais les pieds à leurs cours. Personne ne peut les défendre. On ne les consolera pas par un banquet. Et je suis seul à vouloir leur faire trois notes de musique.

M. Puech !… Considérons d’abord cet homme considérable ; car enfin, ce n’est pas rien d’annoncer sur sa porte : Littérature grecque : poésie bucolique ; Théocrite. Ces cinq mots annoncent un programme à faire rêver ! Il semble qu’on va entendre chanter des sources, et sentir la caresse du vent en mangeant du fromage à la crème… Terre et ciel ! Si vous entrez chez M. Puech, dans quel état d’amertume vous sortirez !… Qu’est-ce que M. Puech ? Qui dira d’où il vient, où il va, ce qu’il pense, ce qu’il fait ? Pauvre Grèce ! France infortunée ! Lamentable Sorbonne !