Là-dessus, nouvel assaut. Je ne suis qu’un caricaturiste ! Et c’est pitié, là où il faudrait un critique ! Je dénonce des gestes. Je répète des mots. Qu’est-ce que cela ? « Phénomènes extérieurs ! » dit la Science. Rien de profond. Rien de creusé. Rien de disséqué. Simple peinture. Aucun argument. Pas de discussion. Où sont mes notes, mes fiches, mes tableaux, mes barèmes ?…

On me parle comme à un accusé. J’écoute poliment et réponds timidement :

— Mes bons Messieurs, votre remarque est juste. Tous les hommes de science, d’étude et de laboratoire, toutes les âmes cultivées, pondérées et sérieuses, tous ceux qui prennent leur tête dans leurs mains pour penser, et mettent la main sur leur cœur pour parler, ont droit en effet, sur cette noble question, à autre chose qu’une farce.

En conséquence, je nourris pour eux le projet d’une ÉDITION SAVANTE ET CRITIQUE de ce petit livre, augmentée de gloses, de commentaires et de tables.

On y verra le texte réduit à deux lignes par page, mais le reste sera très agréablement rempli par des références dans le genre de celle-ci.

— Quand j’écrirai par exemple : (page 113) « M. Lanson a découvert un rythme chez les grands écrivains », — là, je m’interromprai, et je mettrai une note importante, où j’étudierai (dans un caractère d’imprimerie minuscule pour mieux forcer l’attention), le rythme de M. Lanson lui-même. Car, ayant constitué, au cours de nombreuses années, un casier de fiches lansonien, c’est-à-dire ayant scientifiquement étudié chaque œuvre de M. Lanson, je crois avoir fait quelques découvertes marquantes. J’ai, par exemple, additionné les syllabes de la plupart de ses phrases écrites, et j’ai trouvé, pour le début d’un de ses meilleurs livres, dont je ne puis ici donner le titre, dans une édition simple, à l’usage de lecteurs superficiels, — j’ai, dis-je, trouvé : 122 — 34 — 70.

Or, me livrant au même émouvant travail pour certains grands auteurs du XVIIe, n’ai-je pas découvert que le début du sermon de Bossuet sur La nécessité des souffrances pouvait arithmétiquement être figuré par ces trois chiffres : 122 — 34 — 72. Il y a là, entre M. Lanson et Bossuet, une similitude troublante que mon étude seule pouvait établir.

Ce n’est pas tout.

Étudiant en 1919 un chapitre de la Littérature française du même M. Lanson, j’ai obtenu : 60 — 115 — 110 — 14. Et en mars dernier, je suis tombé, à force de recherches, sur une gamme à peu près semblable dans le chapitre VII de Robinson Crusoé, traduction Petrus Borel ; à savoir : 59 — 15 — 110 — 15.

De tout cela il résulte qu’il y aurait à faire pour un étudiant particulièrement vif d’esprit, un joli travail, intitulé : « De l’influence de Bossuet et de Daniel de Foë sur les gammes littéraires de M. Lanson, considéré du point de vue scientifique. » Et s’il est permis d’attendre d’une étude de ce genre un élargissement de la Démocratie, l’édition SAVANTE et CRITIQUE de ce livre me causera une fierté légitime (le rythme de cette dernière phrase est emprunté à M. Martha).